La musique ne représente ni ne copie la vie. Elle la crée par le biais d'objets mentaux qui n'existent pas encore. L'art n'est rien d'autre qu'une autre façon de concevoir le monde. Les êtres humains maîtrisent et utilisent des systèmes de signes tels que le langage, les mathématiques, la peinture et la musique. La musique, en particulier, accompagne l'être humain du berceau à la tombe – une bande-son qui commence avec la première chanson de sa mère et s'enrichit des compositeurs, interprètes et groupes préférés. D'un point de vue scientifique, la musique a un impact considérable sur le cerveau humain. Elle développe la concentration et la sensibilité au rythme, entre autres. De ce fait, la musique stimule le cerveau plus intensément que la parole.

La science et l'art sont les deux yeux de la culture humaine. Et c'est précisément leur différence et leur égalité qui déterminent l'étendue de notre savoir. L'art est une forme de pensée qui contribue à façonner l'être humain.

Youri Lotman, De la nature de l'art, 1990

L'intelligence artificielle a dépassé le cadre des tâches techniques et routinières pour s'immiscer dans le monde de l'art – un domaine incompréhensible pour le profane. Les questions relatives à la nature du talent, du génie et de l'inspiration demeurent sans réponse, tout comme le débat sur ce qui confère à la musique son humanité. Si l'IA s'immisce dans l'art de la composition, de l'écriture de chansons et de la signature de contrats avec les maisons de disques, son rôle reste indéfini. La civilisation est-elle menacée ou dotée d'un outil précieux ? L'IA remplacera-t-elle ou complétera-t-elle l'humanité ? La nature humaine est double : l'homme est aussi capable de créer que de détruire. L'ambition s'accompagne souvent d'avidité, d'indifférence, de mensonges et d'imprudence. Et si l'IA pouvait combler les lacunes là où l'homme est enclin à se tromper ?

L'industrie musicale telle que nous la connaissons

Historiquement, l'industrie musicale s'est appuyée sur les royalties comme principale source de revenus. Sujet complexe, les différents types de royalties impliquent différents contrats, qui définissent les modalités d'utilisation et de licence de la propriété intellectuelle. Ces accords précisent la relation entre le créateur et le distributeur. Avec l'avènement du numérique et l'essor des services de streaming, ces relations sont devenues extrêmement tendues. La raison du mécontentement des plateformes de streaming et des artistes est simple : les revenus sont insuffisants. Spotify, par exemple, a rencontré de sérieuses difficultés de rentabilité et est devenu déficitaire.

Malgré ses quelque 200 millions d'utilisateurs, le leader du marché n'est pas rentable depuis des années. Ce qui est inhabituel pour une entreprise technologique classique, c'est que Spotify a des coûts marginaux élevés : la société reverse un certain pourcentage de ses revenus aux maisons de disques, et plus elle a d'utilisateurs, plus elle verse. Parallèlement, Spotify figurait autrefois parmi les plateformes les moins rémunératrices par écoute (Digital Music NouvellesEn moyenne, les services de streaming comme Spotify, Pandora, Deezer et Apple Music versent aux détenteurs de droits musicaux entre 0.006 et 0.0084 dollar par écoute (CNBCLe terme « détenteur » peut désigner un groupe de personnes impliquées : un auteur-compositeur, un producteur, un artiste et un label. C’est triste, mais vrai : un musicien américain gagne en moyenne moins de 25 000 $ par an (Rolling StoneEt si ce n'est pas Post Malone ou Cardi B, les chances de gagner sa vie sont négligeables.

Le piratage est loin d'être terminé. Des rumeurs ont circulé selon lesquelles les services de streaming l'auraient éradiqué, mais malheureusement, c'est faux. En réalité, ils semblent même contribuer à l'augmentation du piratage à l'échelle mondiale. Le contenu gratuit reste très prisé, à tel point qu'environ un tiers des auditeurs dans le monde privilégient la consommation illégale. De nombreuses enquêtes révèlent des résultats surprenants : plus de la moitié des personnes accédant illégalement à du contenu savent que c'est mal, mais le font quand même. Qu'est-ce qui les motive ? Il s'avère que la multiplication des services de streaming concurrents ne propose pas suffisamment d'options payantes, et le piratage apparaît comme le seul moyen de contourner le coût.

La numérisation a engendré son lot de défis, obligeant l'industrie musicale à se réinventer sans cesse. De nouvelles technologies, plateformes et services voient le jour, et le secteur doit apprendre à les monétiser. L'ère numérique a transformé notre rapport à la musique : le parcours du compositeur à l'auditeur, en passant par l'interprète, a été bouleversé. La démocratisation des contenus n'a pas facilité la tâche aux débutants : le système du « gagnant rafle tout Â» persiste, où les magnats de l'industrie s'enrichissent tandis que les artistes émergents peinent à percer. Une autre question se pose alors : la relation entre créateur et auditeur est-elle réellement équitable et éthique ?

L'IA comme fondement du nouvel écosystème

L'intelligence artificielle peut contribuer à l'émergence d'une nouvelle culture musicale, tant sur le plan qualitatif que quantitatif. C'est dans cet esprit que nous avons créé MubertNous proposons un service de musique générative basé sur l'IA, fournissant une infrastructure complète à l'industrie musicale, dont tous les acteurs peuvent bénéficier. Les musiciens disposent ainsi d'un outil de monétisation performant : les artistes créent et monétisent leurs samples et motifs, les labels partagent les royalties avec leurs artistes et les distributeurs de samples profitent d'un nouveau modèle économique pour leur base de données. Notre plateforme technologique s'attaque également au problème du piratage : les utilisateurs professionnels bénéficient d'une protection des droits d'auteur et des licences. Notre approche est à la fois innovante et simple : il suffit de télécharger des samples, de spécifier la licence et de percevoir des royalties.

Aux yeux des utilisateurs, Mubert est un service de streaming en temps réel qui permet aux utilisateurs d'écouter des flux musicaux uniques et continus, basés sur leurs préférences, leurs actions, les événements et leurs humeurs. L'algorithme collecte des données sur chaque utilisateur et génère un flux musical personnalisé. Auparavant, adapter la musique à ses besoins était fastidieux : la gestion constante des playlists était indispensable, et celles-ci finissaient par devenir obsolètes. Un algorithme d'intelligence artificielle joue le rôle d'un chef d'orchestre, créant une bande-son infinie à partir d'échantillons musicaux – une toile musicale personnalisée selon les envies de l'utilisateur à un moment précis.

Notre approche globale prend également en compte l'utilisation commerciale de la musique. Les entreprises de divers secteurs, tels que l'hôtellerie-restauration, les jeux vidéo et la publicité, ont dû obtenir l'autorisation du titulaire des droits d'auteur pour diffuser légalement de la musique. D'un point de vue commercial, Mubert est une solution très attendue pour la diffusion de musique libre de droits. Les organisateurs d'événements, par exemple, utilisent la musique pour créer une ambiance particulière. C'est un parfait exemple de la musique « fonctionnelle Â» : dépourvue de dimension émotionnelle, elle sert uniquement de fond sonore discret. L'intelligence artificielle est une approche pertinente : un client professionnel souscrit un abonnement, choisit l'activité et l'ambiance souhaitées, puis lance la diffusion en direct ou la programme.

Les innovations font émerger de nouvelles générations de consommateurs férus de technologie, exigeant une personnalisation poussée. Nous souhaitons tous que nos sentiments, nos attentes et nos besoins soient entendus et pris en compte, quels que soient les services utilisés. C'est précisément ainsi que les entreprises se différencient et se démarquent de la concurrence : la personnalisation est la clé de la fidélisation client. De ce fait, notre projet offre d'immenses perspectives de collaboration.

Mubert Nous avons collaboré avec succès avec Adidas. Ce partenariat a permis d'offrir au public de cette grande marque multinationale une expérience utilisateur unique et exceptionnelle. Les marques partenaires ont ainsi pu se rapprocher de leurs clients et renforcer leur engagement et leur fidélité grâce à une musique personnalisée. En définitive, l'IA change la donne grâce à un élément essentiel : désormais, la musique est pilotée par les données et s'adapte parfaitement à l'auditeur, et non l'inverse.

Réflexions finales

La musique est un langage de communication comme un autre, et l'adoption de nouvelles règles constitue le fondement d'une nouvelle culture. Tant que l'intelligence artificielle reste une priorité, l'industrie musicale peut devenir un environnement transparent où tous les acteurs bénéficient des mêmes chances d'expression et de conditions équitables de monétisation. Le travail humain conserve toute sa dimension : la prise de notes et leur transformation en œuvre d'art. La musique sans auditeur est inexistante : le disque de Mozart sans oreille n'est qu'un objet physique. L'auditeur est un co-créateur, et l'intelligence artificielle offre un nouveau niveau d'implication dans le monde fascinant de la composition.